Kumar "bilboard"



KUMAR
BILBOARD
PONDICHERRY

Passionné par les arts populaires, l’un de mes premiers souhaits dès mon arrivée en Inde, en 1996, fut de rencontrer des peintres d’affiches de cinéma. Parmi ceux que je pouvais découvrir à Pondichéry, Kumar fut celui qui m’intéressa le plus. Son style pictural était franc et efficace. Son tempérament tout aussi direct. Loin d’être humainement ou commercialement avenant comme ses concurrents, Kumar était d’un abord sans concession. Durant quelque mois, je photographiais nombre de ces réalisations, affiches de cinéma ou politique, panneaux publicitaires pour des échoppes, afin de consigner quelques exemples de son style pictural. Je lui passais commande d’une peinture d’après une photographie de plateau d’un film indien classique en noir et blanc.







----------------------------------------------------------------------
Copyright textes, photos et collection : Hervé Perdriolle

----------------------------------------------------------------------

Ram Singh Urveti



RAM SINGH URVETI
GOND TRIBE

Ram Singh Urveti, moins connu que Jangarh Singh Shyam lui aussi de la tribu des Gonds, a cependant eu l’occasion de participer à de nombreuses expositions en Inde et à l’étranger. De très belles peintures murales de cet artiste sont conservées au musée de l’homme de Bhopal. Là où Jangarh Singh Shyam innove, Ram Singh Urveti reste totalement fidèle à l’art pictural de sa tribu tel qu’il existe semble-t-il, depuis plusieurs siècles. Bien que peignant aujourd’hui sur toile avec des peintures acryliques, son style formel est encore identique à celui qui fût pratiqué jadis. Les dessins de Ram Singh Urveti ont cette particularité de ne pas être commerciaux au sens traditionnel du terme. Ils ne sont pas séduisants. Ils possèdent de cette force énigmatique que l’on retrouve dans l’art brut. L’enchevêtrement inxetriquable et organisé de ses traits fait à l’encre noire rappelle aussi un autre enchevêtrement, celui-là fait de rubans de cire, propre aux sculptures en bronze de sa tribu, car les Gond sont aussi de grands sculpteurs.


God snake, 1996, huile sur toile, 150x120cm.



Arbre fétiche, 1996, huile sur toile, 160x120 cm.



Hanuman, 1996, acylique sur papier, 65x50 cm



Lakshmi, 1996, acylique sur papier, 65x50 cm.


Ganesh, 1996, acylique sur papier, 65x50 cm.


Encre sur papier, 1997, 50x65cm.


Ganesh, 1996, acylique sur toile, 140x100 cm.


Encre sur papier, 1997, 50x65cm.


Acrilique sur toile, 1997, 120x95cm.


Aripan, encre sur papier, 1997, 50x65cm.


Ram Singh Urveti Collection



Links about Ram Singh Urveti


The Tribal Tribune, Ram Singh Urveti: A Profile of an Artist

----------------------------------------------------------------------
Copyright textes, photos et collection : Hervé Perdriolle

----------------------------------------------------------------------

Pithoro Painting



PITHORO PAINTING
GUJARAT

L’ art rituel des peintres Rathwas du Gujarat est l’un des plus emblématiques de la diversité et de la qualité de l’art tribal indien. La visite de plusieurs villages m’a permis de localiser les peintres les plus intéressants. La légende de Pithoro est à la base de toutes leurs fresques murales. Ces peintures sont faites par des hommes, le plus souvent en groupe, sous les auspices d’un chaman, et toujours à l’intérieur des maisons dans un enclos sacré réservé à cet effet. Celui-ci se décompose en un mur principal d’environ 6x2m et de ses deux murs latéraux d’environ 3x2m. Le mur du fond illustre rituellement la procession du mariage de Pithoro, dieu de la fertilité, avec Pithori. Les murs de chaque côté sont généralement d’inspiration plus libre bien que revienne presque systématiquement un vaste ensemble décoratif composé d’une mosaïque de chevaux auxquels ont été adjoints, au fil du temps et de l’évolution des moyens de transport, charrues, bus, train, motos et avions. Le style actuel très coloré de ces peintures viendrait d’une influence au cours des derniers siècles, des fastueuses et flamboyantes processions festives des Rajhputs, d’où certainement aussi l’apparition au centre des peintures Rathwas d’un éléphant richement décoré. Le cheval est le motif principal répété sur les murs à l'aide d'un modèle en bois découpé. Les quelques Rathwas exilés jadis dans l’état voisin du Madhya Pradesh, loin des fastes Rajhputs, ont d’ailleurs conservé un style très rudimentaire. Le fait que Pithoro soit né, selon la légende, d’un couple illégitime permet aux Rathwas de peindre de nombreuses petites scènes naïvement érotiques où se mêlent, dans des ébats amoureux, êtres humains et animaux.





----------------------------------------------------------------------
Copyright textes, photos et collection : Hervé Perdriolle

----------------------------------------------------------------------

Monju Devi



Monju Devi, aripan on paper, Pondichhery workshop 1999.

monju devi mithila painting

monju devi madhubani painting

monju devi aripan

monju devi ritual painting india

Monju Devi est née dans les années 50 dans le même village que Ganga Devi qui fut l’artiste la plus renommée du Mithila Painting. Son style, moins typé que celui de Ganga Devi et moins singulier que ceux de Mahasundari Devi ou Godawari Dutta, a l’avantage d’un classicisme illustrant le style, bicolore en noir et rouge, des femmes appartenant à la caste des Ksatriyas. Nombre des œuvres ici reproduites ont été réalisées au cours d’un workshop que j’organisais chez moi à Pondichéry en 1999. L’un des buts de ce workshop était de consigner sur des grands formats, environ 150x300 cm, les différents motifs rituels propre à chaque mois de l’année.

ritual floor paintingritual wall painting

Floor (Mahasundari Devi) and wall (anonymous) rituals paintings, Madhubani, Bihar.

Ces motifs sont traditionnellement exécutés à même le sol avec de la poudre de riz diluée avec de l’eau. La peinture épaisse ainsi obtenue est projetée à la main directement sur le sol, en de grands gestes amples et précis. La femme peintre, se déplace comme le ferait une danseuse tout en mouvement, autour du motif, partant du centre pour finir en périphérie, sans hésitation ni retenue. Chacun de ces motifs peut atteindre plus de 16 m2. Les points rouges, apposés en des points précis du bout de l’index, terminent la peinture rituelle en lui donnant vie. Les œuvres ici reproduites ont été réalisées au pinceau sur des papiers préalablement enduit avec un jus de bouse de vache afin de purifier ce support, tout comme l’on purifie le sol avant de commencer toute peinture rituelle.



Moni Mala "Patua"

monimala chitrakar patua midnapur west bengal

MONI MALA
PATUA
WEST BENGAL

(il n'est pas toujours facile d'avoir l'orthographe précise concernant le nom des artistes, au vue de mes dernières recherches -1 décembre 2006- il semblerait que le vrai nom de cette artiste soit Manimala Chitrakar)


Moni Mala est née en 1974 dans le district de Midnapur dans l’état du West Bengal. Son père était sculpteur, son oncle et son grand-père exerçaient déjà ce métier de peintre qui est aujourd’hui le sien. Sa grande connaissance des couleurs végétales lui permet d’avoir une palette chromatique totalement libre et personnelle. Son style graphique ne ressemble à aucun autre et évoque, grâce à une aisance gestuelle rare, l’art de la calligraphie. Moni Mala n’hésite pas à passer des thèmes religieux traditionnels propres aux patuas du West Bengal, alternant thèmes hindous et musulmans, à des sujets d’inspiration hors du commun où reviennent de manière récurrente des scènes de sexe et de violence inspirées par la Fête de Baha propre aux Santals.


Moni Mala, Santal life, 1997, couleurs végétales sur papier, 35x280 cm, détail.

Ce rouleau est le premier d'une série que je lui commandais. J'avais remarqué, dans les détails de certaines peintures que je lui avais précédemment acheté, son aisance toute particulière dans la représentation de scènes de sexe et de violence. Ce fut le thème de cette commande. Cette peinture, qu'elle terminât en ma présence à Calcutta, illustre son regard sur la vie quotidienne des Santal à travers le mythe de la Création du monde. Dans cette légende, est dit que le premier couple humain sur terre eut sept filles et sept garçons. Séparés les uns des autres, ils oublièrent leur lien de parenté et, lorsqu'ils se retrouvèrent bien des années plus tard, eurent des rapports incestueux qui leur valurent les foudres célestes.



Moni Mala, Yama pat, 1997, couleurs végétales sur papier, 30 x240 cm.

Une fois de plus Moni Mala restreint sa gamme chromatique a deux couleurs, un noir dense et un bleu vif et sombre qui à la fois unifie et fait vibrer cette accumulation de sujets. Les scènes festives sont particulièrement présente, les hommes et les femmes boivent de l’alcool, prennent des drogues hallucinogènes, les scènes d’amour physique y sont omniprésente, non pas sous la seule forme de sévices sexuels infligés par des démons comme dans de nombreux autres rouleaux, mais aussi exprimant une forme d'extase.

Ci dessus et à gauche, sculpture évoquant la déesse de la fertilité, Hyderabad, onzième siècle

Moni Mala, Santal life, 1990, couleurs végétales sur papier, 20x1860 cm.


Ci dessus : Sculpture évoquant la déesse de la fertilité, Hyderabad, onzième siècle. Moni Mala, Santal life, 1990, couleurs végétales sur papier, 20x1860 cm.

L'omniprésence de la sexualité dans l'œuvre de Moni Mala nous rappelle qu'elle appartient au monde des "adivasi", des premiers habitants de l'Inde. Les adivasis ont leur propre système de croyance et d'organisation sociale. Les divorces et les remariages sont fréquents chez les Santal et, il est rare qu'une veuve reste seule. Le sexe masculin, toujours en érection, et, le sexe féminin disproportionellement agrandi et offert, sont symboles de fertilité. Les nombreux sévices sexuels qu'infligent les démons aux êtres humains semblent être autant d'atteinte à la fertilité sans laquelle la survie devient impossible.













Moni Mala, Création du monde, 1997, 22x130 cm

Quelle aisance, quelle facilité apparente !
Peintre, graphiste ou encore designer, tous connaissent l'extrême difficulté qui est celle d'arriver à la forme pure, évidente.
Après avoir beaucoup appris, il nous faut se défaire de tous ces acquis afin d'approcher la forme ou la pensée la plus épurée, afin de réconcilier l'acquis et l'inné.
Moni Mala, a 24 ans déjà mère de six enfants, mère et femme-enfant, a conservé en elle une vision à la fois savante et primitive d'une simplicité originelle qu'il nous faut sans cesse reconquérir au prix d'immenses efforts.




monimala chitrakar kolcotta india

----------------------------------------------------------------------
Copyright textes, photos et collection : Hervé Perdriolle

----------------------------------------------------------------------